UNE NUIT CHEZ GAMBRINUS

Certains endroits n’ont pas besoin de se réinventer. Ils doivent simplement continuer à faire les choses correctement. Encore et encore.

Chaque fois que Luís et Nadim sont à Lisbonne, nous nous sentons quelque peu responsables de leur faire découvrir notre version du Portugal. Pas forcément les endroits les plus récents ou ceux dont tout le monde parle, mais les institutions qui ont contribué à façonner la ville. Cette fois, cela signifiait dîner au Gambrinus.

Ouvert en 1936, le Gambrinus fait partie de Lisbonne depuis quatre-vingt-dix ans. À deux pas du Rossio, dans la Rua das Portas de Santo Antão, c’est l’un de ces lieux de plus en plus rares où la tradition ne semble pas mise en scène. Elle se remarque dans la salle (bois, lumière, tapis), dans les rituels et, surtout, chez les gens.

Certains membres de l’équipe travaillent ici depuis des décennies (en cuisine, le chef est là depuis 40 ans). Ils connaissent la salle, les habitués, les plats et le rythme du service presque instinctivement.

Tout est précis, sans jamais paraître trop formel. Le niveau d’attention évoque celui des tout meilleurs restaurants au monde, avec l’aisance d’un établissement qui sait simplement ce qu’il fait.

Pas de mise en scène. Pas d’explications superflues. Juste une hospitalité remarquable.

Nous avons naturellement commencé par les célèbres croquettes. Puis sont arrivés les Camarões à Malaguenha, les calamars frits et, ensuite, le steak. Le genre de plats qui ont été préparés des milliers et des milliers de fois.

Pour finir, l’une des spécialités de la maison : les crêpes Suzette, préparées en salle. Un petit moment cérémoniel qui, d’une manière ou d’une autre, ne paraît jamais guindé.

Dans un monde obsédé par la nouveauté, c’est un rappel de la valeur de la constance. Celle qui consiste à faire quelque chose bien, chaque jour, pendant des années. À avoir des exigences sans avoir besoin de les proclamer sans cesse (comme certains plats qui ne figurent pas au menu...).

C’est aussi une forme de luxe très portugaise.

Voici les lieux que nous souhaitons faire découvrir aux personnes qui nous rendent visite au Portugal. Ils font partie de la culture qui entoure ISTO., tout autant que les usines, les rues, les cafés, les artistes et les personnes avec lesquelles nous travaillons.

Gambrinus le fait depuis 1936. Un jour, nous aimerions pouvoir en dire autant.